10.18.2006

DIAGONAL INTERVENTION




Géométrie sensuelle
et variable du corps,
plongée profonde dans l'univers intérieur,
langage en rupture avec les habitudes
de perception visuelle
et discoursive,
la performance est
(partout en Europe)
le territoire artistique des découvertes
et des percées qualitatives,
l'agent catalyseur
d'un retour
à la conception del'art
comme
élément de civilisation.
Dans ce domaine,
comme dans bien d'autres,
la France institutionelle reste à l'écarte
du vaste mouvemrnt européen,
même s'il existe, ici ou là,
quelques timides tentatives de récuperation
ou de mise à jour. Il est évident qu'une politique
de prestige ne va jamais de pair
avec une implication directe dans l'aventure risquée
de la création contemporaine.

(INTERVENTION
est le seul Festival International français
consacré à la PERFORMANCE.)


Et si, en Hollande, en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Angleterre et ailleurs (même les pays de l'Est s'y mettent), lesfestivals similaires sont appuyés par les instances culturelles, allez seulement demander à nos responsables ce que Performance veut dire. Ils ne savent même pas dans quelle rubrique l'inscrire. Il est vrai que je n'ai pas vu souvent leurs émissaires visiter les rare lieux alternatifs, s'intéresser aux laboratoires semi-clandestins où l'art forge ses outils. Nous savons qu'il est bien plus facile de s'extasier sur les graffitistes du métro de New York, sur la Transavangarde ou sur le Nouvel Expressionisme. Pas de risques. Il suffit d'acheter quelques revues et catalogues et de transcoder. A la création on préfère le spectacle asseptisé et médiatique.

( Malgré tout, contre vents et marées, INTERVENTION continue.
Nous verrons la performance dans toute sa splendeur.
Nous assisterons à un questionnement
sans concessions des valeurs réelles de
l'art d'aujour'hui, nous vivrons en direct
les grands voyages qui mènent à l'inconnu
et à l'insertion tant désirée
de l'art dans le contexte de son temps. )


... Au-delà de la fascination assurée que les Performances présentées exerceront sur le public participant, d'autres préoccupations traversent le Festival. Le corps et les tabous qui l'entourent, le vécu et son influence sur la création. Le rapport entre l'action éphémère et la mémoire collective. La nécessité de mettre l'accent sur le produit de civilisation, au détriment du produit de consommation. L'exploration des environnements sonores et des espaces physiques. La découverte des voies proposées par les nouveaux langages expressifs. ... Il ne s'agit pas des problèmes purement formels ou de mode, mais de problèmes de fond de la réponse auxquels dépendra en grand mesure, la définiton de la place de l'art et de l'artiste dans la société à venir. La Performance n'est pas un spectacle. Elle est un acte unique et décisif ouvrant sur le questionnement du réel et du culturel. A ceux qui ne pensent qu'en termes de rentabilité ou de promotion, la Performance oppose l'interface tendue et vivante des mythes quotidiens, la trame dens et pulsionnelle des configurations nouvelles.



...Révolution du regard, à coup sûr, mais aussi magnification de l'appréhension sensible et non discoursive, la Performance permet á chacun, artiste et spectateur, de transgresser les barrières oppressantes d'un vision linéaire d'où toute communion est absente. Elle assume et accomplit le vieux réve de la fusion du visible et de l'insaisissable.

( La Performance est le grand courant d'une liberté créative retrouvée,
et INTERVENTION son territoire d'accomplissement pour la France. )

LE CONTEXTE HISTORIQUE DE
L'INTERVENTION DIAGONALE




INTERVENTION est le seul Festival International de Performance organisé a Paris. Nous y avons présenté, entre 1982 et 1992 plus de 100 artistes de différentes nationalités.

La France institutionnelle, peu friande des recherches contemporaines, tres attachée aux rétrospectives dites de "prestige", embourbée dans un circuit de modes passsagères et de védétariats artificiels, n'a jamais su, a l'instar de ce qui se passe en Espagne, Hollande, Allemagne, Angleterre ou Italie, favoriser l'émergence et la circulatíon de ses artistas "contestataires" ou "débordants". C'est pourtant dans ce territoire oú travail de laboratoire et nouvelles formes d'expression se côtoyent que I'art français peut se situerr à la hauteur de ce qui se fait de mieux en Europe. Diagonale a voulu, des le départ, favoriser cet art en ébullition, en prise directe avec le réel, capable de s'assumer dans le présent et de se projeter dans l'avenir.

INTERVENTION 1 fut le premier pavé dans la mare de ces avant-gardes peu consistantes, toujours passagères. Avec 80 artistes, pendant une semaine, nous avons propasé un panorama vivant de la Performance européenne. Certains prédisaient déja, oiseaux de malheur et de destruction, l'épuisement de la performance. Ils confondaient leur manque d'information et de curiosité avec l'état précis de la création artistique éprise de liberté, ouverte a la confrontation.



Puis, avec INTERVENTION 2, Diagonale a voulu présenter la jeune performance européenne. Ils s'agissait déjà, grace a l'appui de I'OFAJ, de mettre en place un workshop au sein duquel les jeunes artistes pourraient non seulement débattre de leurs options et territoires, mais aussi se confronter à un public exigeant et bien souvent enthousiaste.

Ensuite Diagonale se lança dans l'organisation (ou la participation significative de ses artistes) de Festivals a l'étranger, mettant en pratique une des idées majeures de la galaxie Performance: le besoin de circuler, le désir de constituer un réseau nomade, la nécessité de communiquer avec des publics très différents.

INTERVENTION 3 faisait suite à un workshop réalisé au Moltkerei de Cologne et révéla la puissance actuelle de la Performance Européenne et le plein investissement de territoires d'expression jusque la inexplorés.

A chaque fois, des lieux nouveaux, des publics renouvelés, des artistes capables de dynamiser le contexte qui leur était proposé. La Performance française a ainsi pu survivre, évoluer et rivaliser, bien qu'avec des moyens tres réduits et une masse de pratiquants nettement inférieure, avec la création performative européenne en plein essor. Si la Biennale de París a voulu, délibérément, ignorer la Performance - la cantonnant dans quelques interventions du type "grand spectacle" - la Documenta de Kassel 87 lui a largement ouvert ses portes, même si le nombre de jeunes créateurs invités était faible, a cause de son choix "rétrospectif".


La Performance dérange, c'est sûr, parce qu'elle ne craint pas d'aborder l'essentiel et d'élargir les limites du possible. Paradoxalemanent, elle est devenue cet éphémère qui reste, qui bouleverse, qui fait éclater les certitudes, qui fait trembler les habitudes. Peutêtre paree qu'elle joue sur l'émotion et sur le dialogue direct avec le pubic, avec tous les risques que cela comporte. Art d'action, mais aussi art de réflexion différée, la Perfor­mance a trouvé en France, avec INTERVENTION, son espace de liberté.

Egídio Álvaro